L’affaire pénale du mois : Jean-Claude Romand ou « l’affaire du faux médecin »

Les grandes affaires criminelles fascinent l’opinion publique et font l’objet d’une « hyper médiatisation ». En connaissons-nous pour autant tous les détails ? Paroles de Juristes revient pour vous chaque mois sur une des grandes affaires criminelles ayant marqué les siècles derniers, avec aujourd’hui l’affaire Jean-Claude Romand, plus que jamais d’actualité suite à la demande de liberté conditionelle formulée par ce dernier au mois de septembre 2018.

Cette affaire, celle « du faux médecin », est l’histoire d’un homme qui a vécu dans le mensonge pendant dix-huit années, et qui, pour en sortir, n’a trouvé d’autres moyens que d’éliminer un par un tous les témoins de ce mensonge.

Le début des mensonges

En 1972, Jean-Claude Romand s’inscrit à la faculté de médecine, mais ne passe pas les examens de fin d’année. Il va pourtant faire croire à sa famille et ses amis qu’il est admis en deuxième année. C’est le début des mensonges.

A la fin de ses prétendues études, il affirme qu’il est devenu chercheur, puis spécialiste en cardiologie à l’Organisation Mondiale de la Santé. Il explique à sa femme – avec laquelle il a eu deux enfants – l’impossibilité de le joindre au bureau par de nombreux déplacements professionnels.

Il occupe en réalité ses journées à vagabonder sur des aires d’autoroute et à lire des ouvrages sur la médecine – ce qui lui permet d’entretenir au mieux ses mensonges.

Afin d’avoir un train de vie confortable, il prétend avoir des possibilités de placements très intéressants, ce qui conduit nombre de ses proches à lui confier leurs économies, qu’il utilise ensuite pour vivre. C’est cette escroquerie qui va le conduire à commettre l’irréparable.

Sur le point d’être découvert

En 1988, le beau-père de Jean-Claude Romand l’informe de sa volonté de récupérer l’argent qu’il lui a confié. Peu de temps après, il décède à la suite d’une chute dans les escaliers, dont Jean-Claude Romand est le seul témoin.

Les difficultés se réitèrent toutefois à la fin de l’année 1992, lorsque sa maîtresse exige elle aussi qu’il lui rende son argent. Ses comptes bancaires étant vides, Jean-Claude Romand sait que ses mensonges vont éclater au grand jour.

Commettre l’irréparable

Le 8 janvier 1993, le faux médecin achète deux jerrycans d’essence, puis emmène sa famille dîner au restaurant. Au matin du 9 janvier, il assassine sa femme en lui assénant des coups de rouleau à pâtisserie sur le crâne – d’une violence telle qu’ils causent une fracture. Il prend ensuite le petit déjeuner avec ses deux enfants, avant de les exécuter à l’aide d’une carabine équipée d’un silencieux.

Sans l’ombre d’un remord, Jean-Claude Romand continue de vaquer à ses occupations, avant de prendre la route pour se rendre chez ses parents, qui l’attendent pour le déjeuner. Après le repas, il tue d’abord son père, puis sa mère et leur chien, avec la même carabine qui a servi à exécuter ses enfants.

Après avoir nettoyé la scène de crime et changé de vêtements, il reprend la route pour se rendre chez sa maîtresse – désormais dernier témoin gênant de ses mensonges. Prétextant l’emmener dîner chez son prétendu ami Bernard Kouchner, il la conduit dans la forêt de Fontainebleau, où il l’agresse à l’aide d’une bombe lacrymogène.

Alors qu’il s’apprête à l’étrangler, elle le supplie de l’épargner en lui parlant de ses enfants, ce qui le conduit à arrêter son geste. Il prétend avoir perdu la tête à cause d’un cancer, dont il n’est en réalité absolument pas atteint. Il ramène finalement sa maitresse chez elle, et rentre passer la nuit chez lui, où gisent encore les cadavres de sa femme et de ses enfants.

La tentative de suicide

Au milieu de la nuit, après avoir regardé la télévision, Jean-Claude Romand avale plusieurs médicaments périmés de longue date, vide les jerrycans d’essence achetés la veille et met le feu à la maison, dans le but non-seulement de se suicider, mais également d’effacer toute trace de ses crimes.

Toutefois, il est alors quatre heures du matin – heure du ramassage des ordures par les éboueurs, qui appellent les pompiers. Ces derniers sauvent Jean-Claude Romand in extremis des flammes, et découvrent les trois cadavres.

En sortant du coma quelques jours plus tard, Jean-Claude Romand tente dans un premier temps de brouiller les pistes en inventant une histoire « d’homme en noir » qui se serait introduit à son domicile, avant finalement de tout avouer.

L’enquête et le procès

Au terme de diverses expertises psychiatriques, de nombreux experts concluent à la responsabilité pénale de Jean-Claude Romand. Ils notent en revanche chez lui des troubles de la personnalité ainsi qu’un caractère lâche et immature. Les psychiatres décrivent Jean-Claude Romand comme un homme mythomane, atteint d’une pathologie narcissique.

Durant le procès d’assises – au cours duquel il n’explique pas ses crimes – son attitude est jugée froide et impassible. A son terme, il est condamné le 2 juillet 1996 à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de 22 ans.

De la détention vers une éventuelle libération

Considéré comme un détenu modèle, Jean-Claude Romand peut demander sa libération conditionnelle dès 2015. Il attend cependant le 6 septembre 2018 pour formuler cette demande.

L’audience du 18 septembre, au cours de laquelle il devait être statué sur cette dernière, a été renvoyée à une date ultérieure. L’équipe de Paroles de Juristes ne manquera donc pas de vous tenir informés de l’issue de la nouvelle audience devant le juge d’application des peines, lorsque celle-ci aura lieu.

Notons que cette affaire n’est pas sans rappeler une autre plus récente : celle de Xavier Dupont de Ligonnès, qui a également assassiné en 2011, sans aucune raison apparente, ses quatre enfants et sa femme, avant de disparaître dans la nature. Cette affaire, qui a fait la une des journaux et suscite aujourd’hui encore de multiples interrogations, fera l’objet de la prochaine chronique de Paroles de juristes sur les grandes affaires criminelles ayant marqué les siècles derniers.

 

Morgane Guillou et Marion lachaud

Diplômées du Master 2 Droit pénal des affaires de l’Université Paris Saclay