Un point sur la profession de journaliste juridique avec Florence Mehrez

Méconnue des étudiants en droit, la profession de journaliste juridique est l’un des débouchés des études de droit. Florence Mehrez, journaliste sociale, a accepté de répondre à nos questions sur son parcours et sa profession.

Présentez-vous en quelques mots.

Je suis rédactrice en chef du quotidien en ligne d’actualité sociale « actuEL-RH », édité par les Editions Législatives.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

J’ai commencé par une licence droit – sciences politiques à l’Université Paris I. C’est en licence que j’ai découvert ma passion pour le droit du travail et je me suis orientée vers une maîtrise en droit du travail. J’ai ensuite intégré le DEA en droit social[1] de Paris I qui était dirigé par Pierre Rodière. L’exercice du mémoire de recherche m’a plu. Il portait sur les restructurations d’entreprise et les accords collectifs.

J’ai voulu poursuivre ce travail de recherche en entamant une thèse sur « l’hybridité des obligations nées de la convention collective de travail », soutenue en 2000.

En parallèle, j’ai enseigné le droit du travail à l’Université Paris I.

Ma passion pour l’écriture m’a poussée à me tourner vers l’édition juridique. De fil en aiguille, je suis entrée aux Editions Législatives en 2005.

En 2007, les Editions Législatives ont décidé de lancer un quotidien d’actualité sociale : « actuEL- RH ». C’est comme cela que j’ai mis un pied dans le journalisme.

En parallèle, j’ai été Présidente de l’AJIS (association des journalistes de l’information sociale) de fin 2016 à début 2018. Aujourd’hui, je suis membre de l’AJIS et Présidente d’honneur.

Pouvez-vous nous en dire plus sur cette association et sur le rôle que vous occupez ?

L’AJIS qui regroupe 300 journalistes adhérents a pour mission de défendre une information sociale de qualité. Elle organise des tables rondes, des matinées de formation, des conférences…

Tous les ans, l’association organise le prix « AJIS ». C’est un prix d’information sociale pour les étudiants en journalisme.

Qu’est-ce qui vous plait dans la profession de journaliste ?

Ecrire et être au cœur de l’actualité.

Et travailler dans un quotidien, c’est repartir chaque jour d’une page blanche.

Il n’y a pas de journée type. Les bouclages peuvent être tardifs. Notre rythme est tributaire de l’actualité. Ce n’est pas le métier idéal si on aime la routine !

Certains événements sont toutefois programmés, notamment les conférences de presse ou la présentation d’un texte de loi en Conseil des ministres. L’activité de veille est importante. Tous les matins, il faut éplucher le Journal Officiel ; lire chaque semaine les décisions de la chambre sociale de la Cour de cassation, la publication de circulaires, de rapports ou d’études.

Nous suivons aussi sur place les négociations interprofessionnelles qui se déroulent traditionnellement au siège du Medef. Si nous ne pouvons pas bien sûr assister aux échanges, à l’issue de la séance les partenaires sociaux viennent nous présenter leurs positions respectives.

Nous avons remarqué que vous étiez particulièrement active sur Twitter. Pensez-vous que ce réseau social est devenu un outil important de votre profession ?

Twitter est un outil indispensable à plusieurs titres : pour la veille, pour diffuser de l’information en tant que journaliste, et pour donner de la visibilité à nos publications.

Il permet aussi de se constituer un réseau et d’entrer plus facilement en contact avec certaines personnes. Les échanges sont aussi intéressants : ils sont constructifs et se crée une « communauté sociale ».

Pouvez-vous nous expliquer la différence entre un journaliste non juridique et un journaliste juridique?

Dans la presse sociale, par exemple, ces deux profils de journaliste coexistent : ceux qui ont fait une école de journalisme et décident, par la suite, de se spécialiser dans la rubrique sociale et ceux qui ont fait des études de droit social et qui intègrent la presse, surtout la presse spécialisée[2].

Les éditeurs juridiques recherchent des profils avec une solide formation en droit.

Quels conseils donneriez-vous à des étudiants en droit qui voudraient s’orienter vers la profession de journaliste juridique ?

A mes yeux, la qualité essentielle est la curiosité. Il faut avoir une appétence pour l’information, être aussi capable de lire, de décrypter des textes et de les vulgariser. Il ne faut pas hésiter à « taper aux portes » et à montrer sa motivation.

Propos recueillis par Lucie Bordron, Doctorante en droit social.

[1] DEA : Master « recherche »

[2] Presse qui traite d’un seul domaine (le droit, l’économie…)