Rencontre avec Georges Milolo, président de l’association Révolte-toi Nanterre

Révolte-toi Nanterre est une antenne de la fédération francophone de débats, la plus grande association d’art oratoire dans le monde francophone. Elle est partout dans le monde, notamment en Afrique (Maroc, Togo par exemple), au Canada, en Angleterre. Elle essaye de s’implanter en Asie. Il existe différents pôles, dont le pôle communication, le pôle éloquence, le pôle grand procès (qui a notamment organisé le procès de Dark vador, le procès de Jesus, et le procès de Napoléon), et le pôle graine d’orateur qui s’occupe de la formation des collégiens et des lycéens. Cette fédération laisse place à une mixité pas uniquement sociale, mais également à une diversité de parcours et à une parité. « Chacun a une valeur ajoutée ».

G. Milolo est le président de Révolte-toi Nanterre et le responsable du pôle éloquence de la fédération. Ce dernier est composé d’une dizaine de membres. Des formations sont organisées tous les mois gratuitement. Ce pôle a pour objectif de faire vivre l’éloquence en France. Nous l’avons rencontré et lui avons posé quelques questions.

Comment as-tu rejoins ces associations ?

J’ai rejoint ces associations par hasard. Je suis de base quelqu’un d’extrêmement timide. Et ce n’est pas une blague. Il ne faut pas penser que c’est une sorte de story telling pour convaincre les gens. Quand j’étais plus jeune, mes parents me forçaient à prendre la parole. Je n’articulais pas du tout. Lorsque j’étais en prépa de droit –économie, celle-ci incitait les élèves à participer au concours Lysias à Nanterre (concours de plaidoirie). Au début, j’étais réticent. Mais souhaitant être avocat, j’ai pensé qu’il fallait que je me donne les moyens de réaliser mes ambitions. Donc je me suis lancé. Cela s’est bien passé. J’ai été éliminé en quart de finale. Or je déteste perdre. Donc j’ai souhaité recommencer pour gagner.

Par ailleurs, j’y ai rencontré Gibran Freitas qui était le président de Révolte-toi Nanterre. Il m’a proposé de les rejoindre, ce que j’ai fait à la fin de la prépa. En L3, j’ai rejoint Nanterre. De nouveau, j’ai fait le concours Lysias que j’ai remporté. Je me suis investi dans l’association Revolte-toi puis on m’a proposé d’en devenir le président. Désormais cela fait presque deux ans que je suis président de l’association. C’est une expérience formidable.

Comment as-tu dépassé cette timidité ? Est-ce que cela ne s’apparente pas à un jeu d’acteur ?

J’ai appris à me dédoubler, à sortir de cette timidité quand je dois prendre la parole pour véhiculer un message ou pour une prestation oratoire. La timidité revient au galop à peine la prestation finie. Sur toutes les personnes qui font des concours d’éloquence, peu sont très à l’aise à l’oral dans la vie de tous les jours. Souvent les meilleurs ne sont pas à l’aise en public. La plupart sont timides.

Je suis extrêmement anxieux avant une prise de parole en public. Ce n’est pas naturel. J’apprends à maîtriser ce stress. Une fois que j’ai pris la parole, il y a un phénomène de déplacement de la peur et du stress qui quittent ma personne pour aller se dissiper dans la foule. C’est une alchimie qui se produit entre la personne et la salle. Je suis transporté par quelque chose. Je dirais même que ce n’est pas véritablement moi. Je suis un vecteur de quelque chose, d’un message à un moment donné.

Il y a une théâtralité parce qu’on joue d’une gestuelle et d’une posture parfois, mais la posture ne doit jamais devenir une imposture. Il faut toujours rester sincère et soi-même. La prise de parole consiste à faire deux choses un petit peu contradictoires : à la fois sortir de soi, se débarrasser de ce qui nous limite et ce qui peut paralyser dans la prise de parole en public (gestes, articulation, peur) et en même temps rester soi et garder l’essence de sa personne.

Est-ce que cela te donne envie d’être professeur ? Avocat ? De rejoindre la politique ?

J’ai toujours aimé transmettre, apprendre aux gens. C’est pas du tout prétentieux. Lorsqu’on transmet, on transmet la vie. J’ai eu des professeurs géniaux qui m’ont donné ce goût-là. Quand je serai élève avocat ou avocat, j’essaierai d’être chargé de TD. Si les choses se passent comme je le prévois, j’aimerais être maître de conférences. Mais vraiment transmettre : il ne s’agit pas d’être un maître de conférences qui crache son cours et ensuite part, sans se préoccuper de savoir si les élèves ont véritablement saisi. Il y en a très peu, mais il y en a encore.

Mon projet est d’être avocat, en droit des affaires. Mais je ferai aussi du pénal.

Je ne me lancerai pas en politique. Aujourd’hui, pour faire de la politique il ne faut pas être en politique. Je ne suis pas dans l’air du dégagisme. Les hommes politiques n’ont pas les pouvoirs qu’ils prétendent avoir. Puis on tente souvent d’enfermer les gens dans des cases. La politique va toujours nous essentialiser et c’est difficile de sortir de cette essentialisation. Quand on fait de la politique il faut être armé pour sortir du carcan dans lequel on essaie de nous enfermer. Par exemple, Rachida Dati et Rama Yade ont toujours été essentialisées. C’est un piège.

Mais je suis beaucoup les politiques et les débats pour voir comment les politiciens argumentent, et pour s’inspirer de leurs talents oratoires. Par exemple, J.-L. Melenchon, N. Sarkozy, M. Lepen, B. Tapie, J. Chirac, B. Obama, C. Taubira sont de très bons orateurs. Dans notre génération actuelle, le meilleur orateur c’est Nicolas Sakozy. J’invite aussi à regarder la vidéo de B. Obama, sur la convention démocrate de 2004. Son discours est majestueusement écrit, et magistralement dit. Il réussit à rester lui-même et à vraiment parler aux gens. Il raconte sa petite histoire dans la grande histoire des États-Unis. Il touche les gens. Et ça sert à rien de parler si on ne touche pas les gens.

Comment différencies-tu Révolte-toi Nanterre d’Eloquentia ?

Notre point commun est qu’on incite les jeunes à la prise de parole en public. C’est le seul. On veut inciter les jeunes à savoir manier les mots, à aimer la langue française et à se battre pour cette langue. Mais on a énormément de différences.

La première ce sont les formations. On fait des permanences toutes les semaines dans la salle 112 à 18h45 (Bâtiment F, Université Paris X Nanterre). On donne les outils élémentaires pour la prise de parole en public (gestuelle, voie, regard, silences).

La seconde c’est qu’on fait des débats à caractère philosophique, non-politique. C’est du quatre contre quatre. Le but c’est d’allier le fond et la forme. On prépare les gens à argumenter, à avancer des idées clairement, à la réfutation, et à la prise de risque en répondant aux questions.

La troisième c’est que nous ne visons pas le même public.

Enfin, la dernière réside dans le fonctionnement de l’association. Révolte-toi Nanterre c’est nous qui gérons l’association et nous sommes quatre. Ils sont plus nombreux dans le bureau d’Eloquentia, et ils ne bénéficient pas du même soutien que nous. On fait partie de la fédération francophone de débat qui est uniquement tenue par des jeunes. Il n’y a pas de professionnels. Le jeune a sa responsabilité. Sur le procès de Booba, ce sont des jeunes qui ont invité les avocats. Pour avoir des fonds, on démarche et on cherche des partenariats nous-même. Lysias fonctionne approximativement comme nous. On a également une satisfaction énorme à voir les jeunes progresser et faire les concours d’éloquence car comme on le dit à la Fédération Francophone de Débat, « on ne naît pas orateur, on le devient ».

 

– Propos recueillis par Raphaëlle Grandpierre, Doctorante en droit social à l’université Paris 2 – Panthéon Assas