Un point sur les arrêts illustrés avec Astrid Boyer

Astrid Boyer est la présidente de l’association des Arrêts illustrés, un projet consistant en l’illustration des arrêts fondateurs de la jurisprudence sous forme de bandes dessinées. Elle a accepté de répondre à nos questions sur son parcours et sur le développement de ce projet.

Présentez-vous-en quelques mots.

J’ai commencé mes études à l’Université de Toulouse. J’ai ensuite effectué un master 2 droit notarial à l’Université Paris Dauphine, et j’entreprends actuellement un deuxième master en entreprenariat et innovation dans la même université.

En parallèle de la gestion de l’association (qui me prend beaucoup de temps), j’ai aussi un pied dans la Legaltech en tant qu’ambassadrice de la startup Foxnot.

Comment sont nés les « arrêts illustrés » ?

Le projet est né quand j’étais en deuxième année de droit.

C’était en cours de droit administratif. Le professeur nous expliquait les faits de l’arrêt Benjamin [1]. Son récit nous a beaucoup fait rire et il nous a dit que « ce sont les arrêts qui nous ont fait rire dont on se souvient le mieux ».

A ce moment-là, j’ai imaginé un grand livre avec tous les arrêts en illustrations.

Je faisais partie à cette époque du Collège supérieur de droit de Toulouse. Au sein de ce collège, il y avait une association, et ma « marraine » venait de créer le Décodé (journal de l’Université). Après en avoir discuté avec elle, j’ai décidé de me lancer.

Je suis allée voir un de mes professeurs qui a accepté de prendre le temps d’en parler avec moi. Il m’a vraiment donné l’impulsion qu’il me fallait.

Quelques mois plus tard, j’avais créé ma première planche de BD, sur l’arrêt Benjamin. Il a été publié dans le Décodé.

Au début de ma troisième année, j’ai créé la page Facebook. J’étais tellement contente d’avoir 63 « j’aime ».

L’équipe s’est peu à peu agrandie et j’ai décidé au début de mon année de Master 1 de créer l’association.

Comment est organisée cette association ? Quelles sont vos activités ?

Dans le premier bureau, nous étions cinq étudiants du collège de droit de Toulouse. Aujourd’hui, on est sept. La moitié du bureau est à Toulouse et l’autre à Paris. Notre vice-présidente, Charlotte, fait partie de l’association depuis le début.

Nous sommes aidés de dessinateurs. Mes cousins (qui ne font pourtant pas du droit) ont été les premiers dessinateurs. Aujourd’hui, ce sont plutôt des juristes avec une passion pour le dessin.

Tous nos arrêts illustrés sont corrigés par des professeurs (essentiellement de Toulouse car je suis toulousaine).

En plus de la réalisation des arrêts illustrés, notre équipe s’occupe de leur promotion. On a participé à plusieurs expositions à Toulouse.

Concernant les réseaux, on est passé à 10 500 « j’aime » à la fin de mon Master 1 [2].

Pouvez-vous nous expliquer qui sont les « Barons du droit » ?

C’est la personnification de toutes les juridictions : Madame Cour de cassation, Monsieur Conseil d’État…

J’ai donné, à chaque juridiction, une personnalité en lien avec ses décisions. Par exemple, le tribunal des conflits est quelqu’un de très discret qui entretient de bonnes relations avec le Conseil d’État.

Madame Cour de justice et Monsieur CEDH représentent quant à eux la « génération Y » : ils sont jeunes, modernes et dynamiques, mais ils ne peuvent pas se supporter.

Vous avez lancé votre BD. Comment vous est venue cette idée ? 

Depuis le début des arrêts illustrés, je souhaitais mettre sur papier notre travail.

Après de nombreuses recherches, j’ai trouvé un éditeur qui m’a permis de concrétiser ce projet : Enrick B éditions.

Le travail a été colossal : j’ai rédigé toutes les petites introductions, la première page…

Le moment le plus émouvant pour moi a été celui où j’ai vu pour la première fois le livre en photographie. C’est la consécration de quatre années de travail et de milliers d’heures de travail.

La bande dessinée est finalement sortie en décembre et tout s’est enchainé très vite.

Avez-vous d’autres projets en cours ?

Mon master 2 entreprenariat à l’université Paris Dauphine mais surtout le Legal Design et plus particulièrement le Legal Visual Design. Ce sont des notions extrêmement récentes mais qui me passionnent réellement.

Si je devais définir le Legal Visual Design je dirais qu’il s’agit de la simplification de l’information juridique par le biais des visuels quel qu’ils soient, y compris la BD. D’ailleurs j’ai donné une conférence sur ce thème à l’université de Toulouse et j’ai récemment animé un atelier pour les étudiants de l’école de formation du barreau de Paris (EFB).

Aujourd’hui je suis en stage chez Hercule une entreprise de conseils dans la Legal Tech, dans laquelle je peux exercer ma passion : le Legal Design.

Propos recueillis par Lucie Bordron, Diplômée du Master 2 droit social et relations professionnelles de l’Université Paris Ouest Nanterre. 

[1] M. Benjamin devait animer une conférence dans une commune sur le thème « Deux auteurs comiques : Courteline et Sacha Guitry. » Face aux protestations de syndicats d’instituteurs,  le maire de la commune décide  d’interdire la conférence. Cette décision est annulée par le Conseil d’État qui précise que « s’il incombe au maire, en vertu de l’article 97 de la loi du 5 avril 1884, de prendre les mesures qu’exige le maintien de l’ordre, il doit concilier l’exercice de ses pouvoirs avec le respect de la liberté de réunion garantie par les lois des 30 juin 1881 et 28 mars 1907 ». La haute juridiction administrative estime que, sans interdire la réunion, il aurait pu prendre des mesures pour maintenir l’ordre (pour en savoir plus).
[2] Pour suivre les arrêts illustrés sur les réseaux sociaux :
Facebook : Les arrêts illustrés by Les Barons du droit
Twitter : @arretsillustres