Affaire Maëlys : que démontre l’instruction, trois mois après sa disparition ?

Le 27 août 2017, aux environs de 3 heures du matin, Maëlys De Araujo, alors âgée de 8 ans et demi, disparaissait de la réception du mariage à laquelle elle assistait avec ses parents à Pont-de-Beauvoisin, en Isère.

Cette disparition était constatée peu avant 4 heures du matin par les parents de Maëlys. Après de vaines recherches menées avec les invités du mariage, les services de gendarmerie étaient rapidement contactés.

Les chiens renifleurs utilisés ne flairaient la trace de Maëlys que jusqu’au parking de la salle des fêtes, où la piste semblait s’évaporer. Il apparaissait ainsi que la petite Maëlys était montée, de force ou de plein gré dans un véhicule, qui l’avait enlevée.

L’enquête s’orientait dès lors entièrement vers une piste criminelle, sous la qualification « d’enlèvement d’enfant ».

Un immense processus de recherches était alors enclenché : l’ensemble des invités du mariage étaient entendus, les environs de la salle de réception étaient fouillés par les enquêteurs, avec l’aide notamment de drones et d’hélicoptères survolant les forêts environnantes, ainsi que de plongeurs sondant les étangs et cours d’eau à proximité de la salle de réception.

Un premier suspect était placé en garde à vue le 31 août 2017. Les enquêteurs avaient en effet relevé des éléments troubles dans l’emploi du temps de ce dernier, ancien militaire, qui, alors qu’il était invité au mariage, avait effectué un aller-retour entre la salle de réception et son domicile durant la soirée, et momentanément placé son téléphone portable sur le mode avion. Les enquêteurs relevaient également qu’il présentait des traces de griffure aux bras et aux genoux, et qu’il avait minutieusement nettoyé son véhicule le lendemain de la disparition, à l’aide d’un produit servant habituellement pour les jantes de voiture, particulièrement efficace pour faire disparaître les traces d’ADN, et tromper l’odorat des chiens.

Le suspect fournissait des explications à ces divers éléments, en expliquant notamment qu’il s’était rendu à son domicile durant la soirée parce qu’il avait tâché son short avec du vin au cours de la réception, que les traces de griffures étaient liées à des tâches de jardinage effectuées dans des framboisiers quelques jours auparavant, et qu’il avait nettoyé sa voiture de fond en comble au lendemain de la disparition de Maëlys parce qu’il souhaitait la vendre. Après 48 heures de garde à vue, il était ainsi relâché, faute d’éléments attestant suffisamment de sa culpabilité.

Le 3 septembre 2017, une information judiciaire était ouverte du chef d’enlèvement.

Dans le cadre de cette information, une expertise était diligentée sur la voiture du suspect. Elle permettait d’identifier une trace d’ADN de Maëlys sur le tableau de bord du véhicule.

Le suspect était immédiatement entendu par les deux magistrats instructeurs en charge de l’instruction. Au cours de cet interrogatoire, il reconnaissait que Maëlys était effectivement brièvement montée dans son véhicule au cours de la soirée, mais soutenait qu’elle l’aurait fait en compagnie d’un petit garçon blond, afin d’observer ses chiens, qu’il lui avait précédemment montré en photo durant la réception. A l’issue de cet interrogatoire, il était mis en examen du chef d’enlèvement d’enfant et placé en détention provisoire par le juge des libertés et de la détention.

Dans une conférence de presse donnée le 30 novembre 2017, Jean-Yves Coquillat, Procureur de la République de Grenoble, après avoir rappelé le principe fondamental de présomption d’innocence, énonçait qu’en dépit des dénégations du mis en examen, de nombreux éléments troublants pesaient à son encontre, et permettaient en conséquence de le considérer comme le principal suspect de la disparition de Maëlys.

Les investigations diligentées ont ainsi permis d’établir, à l’aide de l’étude de la ligne téléphonique du mis en examen, que ce dernier se serait – contrairement à ses déclarations au cours de sa garde à vue – en réalité absenté à trois reprises de la salle de réception.

Les investigations ont également démontré que le petit garçon blond évoqué par le mis en examen, qui serait entré dans son véhicule pour voir ses chiens en même temps que Maëlys, n’a en réalité jamais existé.

Les vidéos de surveillance d’une station de lavage ont en outre révélé que le lendemain de la disparition de Maëlys, le mis en examen a nettoyé sa voiture de fond en comble, pendant une durée exacte de 2h17, en prenant soin d’emporter avec lui les lingettes utilisées (sur lesquelles figuraient nécessairement les traces d’ADN effacées par le lavage).

Le principal élément à charge à l’encontre du mis en examen résulte toutefois d’une vidéo provenant d’une caméra de surveillance située à Pont-De-Beauvoisin, sur laquelle on peut observer à 2h47, la nuit de la disparition de Maëlys, dans une voiture correspondant à celle du mis en examen, la présence sur le siège passager avant d’une silhouette humaine « frêle et vêtue de blanc », pouvant être, selon le Procureur de la République de Grenoble, Maëlys, dont l’heure de la disparition a été fixée, selon la chronologie rapportée le 30 novembre dernier par le Procureur de la République de Grenoble, à 2h45.

Cette même caméra enregistre à nouveau le véhicule à 3h24, revenant en sens inverse. Cette fois, le siège passager est vide.

Une minute plus tard, à 3h25, le mis en examen désactive le mode avion – empêchant le bornage de son téléphone – qu’il avait enclenché à 2h46, soit une minute après la disparition de Maëlys, et une avant d’être filmé par la caméra de surveillance à bord de son véhicule, en présence d’une silhouette d’enfant sur le siège passager.

Le lendemain de la disparition de Maëlys, il fait résilier la ligne téléphonique associée à ce téléphone (dont l’étude permet de réaliser le bornage du téléphone au cours de la soirée, pendant tout le temps où il n’est pas sur mode avion ou éteint ; c’est l’étude de cette ligne qui a notamment permis d’établir que le mis en examen avait fait trois allers-retours à son domicile durant la soirée).

Au vu de ce faisceau d’indices, le Procureur de la République de Grenoble a ainsi annoncé à l’issue de la conférence de presse la mise en examen supplétive du suspect du chef de meurtre précédé d’un autre crime (en l’espèce, l’enlèvement et la séquestration de la petite Maëlys).

A l’heure actuelle, trois mois après la disparition de Maëlys, ce mis en examen constitue donc le principal suspect de cette affaire.

Il convient néanmoins de rappeler que l’avocat de ce dernier, Maître Alain Jakubowicz conteste formellement la chronologie établie par le Procureur de la République de Grenoble, qu’il qualifie « d’impossible ».

Il soutient ainsi que la disparition de Maëlys ne peut avoir eu lieu avant 3h15 du matin. Les grands-parents de Maëlys auraient en effet demandé à cette dernière, qui jouait alors dehors, de rentrer avec eux à 2h45 – ce qu’elle aurait refusé – ; le cousin de la mère de Maëlys aurait quant à lui dit aurevoir à Maëlys au moment où il quittait le mariage, aux alentours de 3h15 du matin.

Il convient néanmoins de noter que ces deux témoignages sont, sur l’ensemble des 200 personnes entendues, les seuls permettant de dater la disparition après 3h15.

En tout état de cause, seule la poursuite de l’instruction et des investigations menées dans le cadre de cette dernière pourront établir avec certitude la véracité de la chronologie énoncée par le Procureur de la République de Grenoble le 30 novembre dernier, et en conséquence, la culpabilité du mis en examen, qui continue actuellement à nier toute implication.

Marion Lachaud, Diplômée d’un Master droit pénal des affaires.