Les principaux suspects de l’affaire Grégory – deuxième partie

Près de trente-trois ans après les faits, l’affaire Grégory n’est toujours pas élucidée. Erreurs de procédure, faux-témoignages et mauvaises pistes : Paroles de Juristes revient sur les principaux suspects de cette saga judiciaire.

II – 1985 / 1993 : Christine Villemin

L’assassinat en mars 1985 de Bernard Laroche – alors principal suspect de l’affaire Grégory (pour en savoir plus sur ce suspect) – conduit à la mise en examen et au placement en détention provisoire de Christine Villemin, mère de Grégory Villemin, le 5 juillet 1985. Elle est alors enceinte de six mois.

Onze jours plus tard, le 16 juillet 1985, la Chambre d’accusation de Nancy (ancienne appellation de la Chambre de l’instruction) met fin à cette détention provisoire en soulevant l’insuffisance des motifs avancés par le juge Lambert au soutien de la détention provisoire de Christine Villemin.

En effet, la mise en examen – et le placement en détention provisoire – de cette dernière ne reposent que sur deux éléments, dont la fiabilité n’est pas certaine.

D’abord, trois collègues de travail de Christine Villemin affirment l’avoir aperçue devant un bureau de poste le jour du meurtre, date à laquelle a été postée la dernière lettre du corbeau revendiquant l’assassinat du petit Grégory (voir précédent article). Toutefois, Christine Villemin soutient qu’il s’agit d’une erreur, et que c’est en réalité la veille du meurtre qu’elle s’est rendue à la poste.

Christine Villemin est également suspecte parce que des cordelettes semblables à celles qui entravaient Grégory ont été retrouvées dans la cave du domicile familial, au cours d’une perquisition. Cependant, au moment de cette perquisition, les Villemin n’occupent plus depuis plusieurs mois leur domicile. Les cordelettes, qui sont de surcroît d’une marque tout à fait banale, ont donc pu y être placées par n’importe qui afin de faire accuser Christine Villemin du meurtre de son fils.

Il apparaît donc que la mise en examen de Christine Villemin repose en réalité plus sur une intime conviction du juge Lambert de sa culpabilité que sur l’existence de preuves probantes la mettant en cause.

Les violentes critiques de la presse et de l’opinion publique à l’encontre de Christine Villemin, à qui l’on reproche notamment d’être tombée de nouveau enceinte trois mois seulement après l’assassinat de son fils, et que l’on accuse, sans preuve aucune, d’avoir laissé Grégory se noyer dans le bain et de l’avoir ensuite jeté dans la Vologne pour masquer son crime, confortent probablement cette conviction de culpabilité magistrat instructeur.

Ainsi, malgré la levée de sa détention provisoire, Christine Villemin demeure mise en examen du chef d’assassinat. Elle ne sera définitivement disculpée qu’en 1993, suite à un arrêt de non-lieu de la Cour d’appel de Dijon soulevant ‘’ l’absence totale de charges ‘’ à son encontre. Cet arrêt constitue une première en droit pénal français, les ordonnances de non-lieu étant d’ordinaire motivées par ‘’ l’absence de preuves suffisantes ‘’ pesant à l’encontre du mis en examen.

Christine Villemin disculpée, le mystère de l’affaire Grégory reste entier. Les investigations menées empêchent la prescription du dossier, mais ne permettent pas de désigner un nouveau suspect. Ce n’est qu’en juin 2017, suite à la mise en examen, 33 ans après le crime, de Marcel et de Jacqueline Jacob, grand-oncle et grand-tante paternels de Grégory Villemin, que de nouveaux suspects sont désignés. Le prochain article de Paroles de Juristes sera consacré à leur étude (pour le lire – cliquer ici). 

Marion Lachaud, Diplômée d’un Master 2 Droit pénal des affaires.