La démocratie directe à Marinaleda en Espagne: une utopie ?

À Marinaleda, village d’Andalousie en Espagne, une nouvelle approche de l’économie existe. Les fondamentaux de la démocratie directe ont de nouveau vu le jour. Il s’agit d’une expérience unique en Europe. « Karl Marx y vivrait s’il était encore en vie »,  a affirmé le nouveau parti anti capitaliste.

Dans cette ville d’environ 2800 habitants,

– de 5% de chômage, 0% sans domicile, un salaire relativement élevé et aucune dette. 

De plus, aucune délinquance n’y est présente. Il n’est donc nullement besoin de police municipale.

Un modèle politique : une démocratie directe

Pour commencer, il convient de distinguer la démocratie représentative et la démocratie directe. Dans la première, le peuple délègue son pouvoir à d’autres, qui agissent en son nom. Il s’agit de notre modèle politique en France. Dans une démocratie directe, le peuple se réunit et décide par lui-même.

À Marinaleda, toutes les décisions du village sont soumises à la démocratie directe, qu’il s’agisse d’impôts, d’équipements ou d’emplois. Chacune d’entre elles doit être débattue, puis votée à la majorité. Mais il ne s’agit pas de la majorité 50%+1 comme nous la connaissons. Pour une vraie démocratie, il faut selon le maire et les habitants de ce village au moins 80 à 90% d’adhérents à une idée. Des centaines d’assemblées sont donc organisées chaque année. Dans ces assemblées, tout le monde peut participer au débat, même les enfants. Elles rappellent par ailleurs les assemblées grecques, symbole de la véritable démocratie, la Grèce étant le pays d’origine dans lequel  la démocratie est née.

Politique économique : Les salaires et loyers votés

La plupart des habitants travaillent pour la commune. Le salaire est de 47 euros par jour quelle que soit la fonction exercée, pour une semaine d’environ 39 heures par semaine. Ainsi, les habitants sont assez bien payés puisqu’en Andalousie, le salaire journalier se situe entre 30 et 35 euros par jour seulement. Le maire n’est lui pas payé pour exercer ses fonctions. Il doit exercer un autre emploi. Personne n’est riche dans cette ville donc, mais personne ne manque de rien!

Les bénéfices de la récolte et de l’industrie ne sont pas redistribués, mais réinvestis pour créer du travail. C’est ce qui explique en partie que le chômage soit si faible dans cette commune.

Concernant le loyer d’une maison, il est de 16 euros par mois. Les habitants peuvent construire leur propre maison. La mairie leur fournit une partie de terre et les matériaux nécessaires gratuitement,  ainsi que l’accompagnement de professionnels (architectes, maçons). Les maisons sont de 90m², avec deux salles d’eau et une cour individuelle de 100m². Les seules conditions sont de s’acquitter par la suite du loyer, de participer à la construction avec l’aide des voisins et de ne pas déjà disposer d’un logement. Les maisons sont donc auto-construites. Le maire disait « la terre n’appartient à personne, la terre ne s’achète pas, la terre appartient à tous ». Le logement pour tous est un principe de cette commune, ce qui explique qu’il y ait 0% de sans abris. Au total, plus de 350 maisons ont été construites par les habitants eux même. Toutefois, il faut noter que si les constructeurs deviennent en théorie propriétaires, ils ne peuvent pas revendre leur maison. De plus, en dehors de l’autoconstruction, le loyer peut aller jusqu’à 300 euros par mois car les personnes qui souhaitent vivre à Marinaleda doivent attendre deux ans pour pouvoir bénéficier du système de l’autoconstruction.

Culture et divertissements : Un accès gratuit

L’accès aux équipements publics est gratuit, sauf la piscine (environ 3euros par saison). Ceci permet de cultiver et de divertir la population. La mairie a également installé sur son toit un émetteur wifi pour offrir à toute la ville un accès à internet. La garderie est de 12 euros par mois, par enfant, cantine comprise. Enfin, de nombreuses fêtes sont organisées avec des repas communs gratuits. Beaucoup d’habitants sont volontaires pour aider à l’organisation.

L’histoire : La révolte du peuple

A l’époque, le Duc de l’infantado possédait tout sur 12 000 hectars. En 1979, année de la sécheresse, le village s’est révolté. Il a occupé le lac du duc durant 3600 jours pour obtenir le droit de puiser un peu d’eau. Le peuple était dans la misère mais le Duc a refusé. La lutte a duré 10 ans. Le duc a fini par concéder 10% de ses terres au peuple, sur lesquelles va être créée Marinaleda.

Un modèle transposable

Le modèle perdure depuis plus d’une trentaine d’années. Le maire communiste a toujours été réélu depuis l’instauration de ce système. Il affirme qu’il est possible de transposer ce fonctionnement dans n’importe quelle ville: « Qu’on ne vienne pas me dire que notre expérience n’est pas transposable : n’importe quelle ville peut faire la même chose si elle le souhaite ». Il préconise la nécessité de nationaliser les banques, l’énergie les transports etc. Quant aux habitants, ils regrettent cette remarque quasi-unanime de la communauté internationale: « Faut pas rêver ». Quoi qu’il en soit, ce modèle semble parti pour durer puisque les enfants des habitants veulent rester au village et y construire leur maison. Selon les habitants, le capitalisme a toujours été un échec de toute façon.

Une question se pose. Pourquoi l’existence de ce modèle politique en Europe est-il si peu connu alors qu’il existe depuis une trentaine d’années ? Par peur de voir monter le communiste et les protestations ?  C’est bien probable.

Force est de constater tout de même que ce modèle est difficilement transposable. Ce fonctionnement serait quasi-impossible à mettre en place à grande échelle, comme dans une grande métropole, ou surtout au niveau national. S’il serait interessant de le mettre en place dans des petits villages français, cela me parait impossible puisque les terres appartiennent à des particuliers. Le modèle de Marinaleda s’est créé comme il a été vu à la suite d’une révolte du peuple qui a poussé un seul et même propriétaire à donner au peuple un large champ sans aucune construction. Dès ce moment, il s’agissait d’un bien collectif qui a permis de construire ce village sur ce modèle politique et économique

 Conclusion: Il faut tenir compte du fonctionnement actuel de la société, et de l’histoire de chaque commune avant de vouloir calquer un modèle espagnol qui fait suite à sa propre histoire. 

– Raphaëlle Grandpierre 
Master 2 Droit et pratique des relations de travail à Paris II,
Apprentie au Groupe des Industries Métallurgiques
Sources photos: la, la, et la

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